mercredi 28 décembre 2016

Le septième Château du Diable (1945) -2

 

Suite de ce récit pour enfants.


 Au bout de quelques jours, l'ennui survient...




samedi 24 décembre 2016

Le septième Château du Diable (1945) - 1


     Parmi les satisfactions procurées par cette recherche figure la découverte à la Bibliothèque nationale (département Littérature et art) d'une brochure écrite et illustrée par Jean Routier, il y a 71 ans, que j'ai eu l'autorisation de consulter en dépit de son mauvais état et de photographier [1]. En voici d'abord la description bibliographique :

 Le Septième château du diable. Texte et dessins de Jean Routier. Paris : éditions J. et R. Sennac ; (Sceaux, Impr. de Sceaux), 1945. In-8° (220 x 210), n.p. [16 p. ], fig., couv. ill. (collection Publi-Paris).

 Ce billet fournit les photographies de la couverture et des premières pages de ce récit pour enfants.











Notes

[1] http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb325898267. Depuis lors, cette brochure a été numérisée, mais la version numérique n'est consultable que dans les salles de recherche de la BnF.




dimanche 28 août 2016


Jean Routier, victime de la mise en page (1925)

     La bibliothèque Forney [1] conserve, dans un dossier de défets, un dessin de presse de Jean Routier, intitulé "Les sauveurs du Franc" ; une mention manuscrite (Le Journal, déc. 1925) en précise l'origine. Mais, le dépouillement de ce quotidien dans Gallica n'a pas permis de le retrouver parmi les journaux de ce mois. J'ai d'abord pensé à une erreur de référence jusqu'au moment où j'ai, à nouveau, rencontré ce dessin dans la collection réunie par la petite nièce de Routier, cette fois avec une date précise : 3 décembre 1925.

Le Journal du 3 décembre 

Défet - Bibliothèque Forney, Ville de Paris - Cl. de l'A.
























Défet (doc. de SZR) - Cl. de l'A.
 

      Pourtant, l'édition  du Journal du 3 décembre, numérisée dans Gallica, figure un tout autre dessin, signé par Joseph Hémard.

 Le Journal 1925-12-03
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


      Une vérification, simple, s'imposait, celle du verso des dessins. Les deux versos - celui du dessin (découpé) de Routier et celui du dessin de Hémard - coïncident : il s'agit bien de la page 2 du Journal du 3 décembre [2]. L'explication ne peut venir que d'une modification intervenue entre deux éditions. Celle de Gallica appartient à l'édition du matin (5 heures), tandis que celle des défets est sans doute antérieure [3]. Reste à se demander pourquoi. La censure est peu vraisemblable. Le changement de dessin est sans doute provoqué par une nécessité technique, permise par la récente innovation, en place dans la grande presse depuis le 1er mai 1924 : le passage de 6 à 7 colonnes et la mise en page "à tiroirs" permettant de modifier la une en fonction de l'actualité [4]. Dans notre cas, le dessin humoristique de première page est passé de 2 colonnes (Routier : col. 4 et 5) à 3 colonnes (Hémard : col. 3 à 5) pour une hauteur moindre. Seule la comparaison entre deux exemplaires complets appartenant respectivement à l'édition du soir et à celle du matin permettrait de valider cette hypothèse. L'actualité de la nuit pourrait justifier ce changement de une. En effet, on craignait le renversement du ministère Briand, difficilement constitué le 28 novembre. Mais à l'issue d'une discussion entamée par les députés le 2 décembre à 11h00, le vote fut favorable au gouvernement mais les résultats n'en furent connus que le 3 à 4h30 du matin [5]. Il fallut donc modifier la une en moins d'une heure.

Le dessin    

     Même si cela n'affecte que rarement les dessins de presse, ce genre d'incident est à prendre en compte lors de la constitution d'un corpus. En effet, ce dessin fut sans doute moins diffusé à Paris qu'en province et son absence de la collection du dépôt légal l'aurait exclu du catalogue sans la présence de défets conservés par le fait du hasard. 
     Un mot sur le dessin. Le gouvernement est empêtré dans des difficultés budgétaires et doit trouver des liquidités (2,640 milliards) avant le 8 décembre. Les journaux énumèrent les pistes envisagées par le ministre des Finances, Louis Loucheur, notamment des augmentations d'impôts. Dans ce contexte le "cheval à phynance" mis en scène par Routier évoque bien sûr celui du Père Ubu (1896) ; dans la pièce de Jarry (1896), le Père Ubu part en guerre monté sur son cheval à phynance dont on sait qu'il était en bois et à roulettes. De nos jours, les économistes et hommes politiques emploient parfois l'expression "pompe à phynances" en l'attribuant à Jarry  chez lequel je ne l'ai pas trouvée. Si l'on voulait demeurer fidèle à la lettre de Jarry, il  serait peut être plus approprié d'évoquer "le voiturin à phynances", ce véhicule qu'utilisait le Père Ubu pour rançonner les paysans :

"Père Ubu. — Je viens donc te dire, t’ordonner et te signifier que tu aies à produire et exhiber promptement ta finance, sinon tu seras massacré. Allons, messeigneurs les salopins de finance, voiturez ici le voiturin à phynances. (On apporte le voiturin.)
Stanislas. — Sire, nous ne sommes inscrits sur le registre que pour cent cinquante-deux rixdales que nous avons déjà payées, il y aura tantôt six semaines à la Saint-Mathieu.
Père Ubu. — C’est fort possible, mais j’ai changé le gouvernement et j’ai fait mettre dans le journal qu’on paierait deux fois tous les impôts et trois fois ceux qui pourront être désignés ultérieurement. Avec ce système, j’aurai vite fait fortune, alors je tuerai tout le monde et je m’en irai." [6]

     Enfin, ce dessin témoigne du goût de Routier pour le dessin politique dont on sait qu'il le pratiquera régulièrement dans Le Cri de Paris entre 1931 et 1939. Dans Le Journal, ses publications sont plus irrégulières : aucun dessin en 1924 mais trois en décembre 1925. J'en ignore les raisons.
     Voici ses deux autres dessins du mois, toujours relatifs aux finances.
- Le premier, du 12 décembre, joue sur deux sens  mot "imposer"  : soumettre à l'impôt ; obligé à accepter. Formellement, on notera que  Routier s'est inspiré d'un dessin d'Abel Faivre (du 22 juin 1924) dont il reprend le schéma mais en en détaillant le décor et surtout en en transformant complètement le sens.


 Le Journal 1925-12-09 - 
Défet - Bibliothèque Forney, Ville de Paris - Cl. de l'A.
























Dessin d'Abel Faivre
 Le Journal 1924-06-22
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

























- Le second, du 17 décembre, fait allusion à la regrettable inflation, jugée détestable mais indispensable car corollaire du déficit budgétaire et des avances consenties par la Banque de France au Trésor.


 
 Le Journal 1925-12-17 - 
Défet - Bibliothèque Forney, Ville de Paris - Cl. de l'A.

     Le jour où parait ce dernier dessin, Le Journal annonce à ses lecteurs que Loucheur, démissionnaire depuis la veille après son désaveu par la Commission des Finances du Palais Bourbon, est remplacé au ministère par Paul Doumer. Un nouveau plan d'assainissement des finances se prépare...



Notes

[1] Bibliothèque spécialisée de la Ville de Paris.
[2] Plus précisément, un extrait de l'épisode 40 du feuilleton "La tragique croisière du Calypso", roman de Arnould Galopin.
[3] Je ne connais ni le nombre, ni les horaires des éditions du Journal. En 1914, Le Petit Parisien avait 7 éditions : la première, celle de 17 h. destinée à la province éloignée ; la dernière à 4h30 pour Paris (Gilles FEYEL.- La presse en France des origines à 1944. Histoire politique et matérielle. 2e éd., Ellipses Éditions, 2007, p. 138-139.
[4] FEYEL 2007, p. 163.
[5]  298 voix contre 113. Journal Officiel de la République Française. Débats parlementaires. Chambre des députés, 3 décembre 1925(séance du 2 décembre).
[6] Ubu Roi, Acte III scène IV [ https://fr.wikisource.org/wiki/Ubu_roi_(1896)]

Annexe

La page 2 du Journal daté du 3 décembre 1925 et le verso du défet portant le dessin de Routier.




Le verso du dessin de Routier sur le défet de la bibliothèque Forney occupe les colonnes 3 et 4 de la page 2 du Journal daté du 3 décembre 1925, soit les colonnes 4 et 5 de la page 1.

dimanche 26 juin 2016

Inondations et grèves en novembre 1910


        L'actualité atmosphérique et sociale du mois de juin 2016 me fournit l'occasion d'exhumer un dessin particulier de Jean Routier. C'est en effet son premier dessin publié - du moins actuellement repéré. Il parait dans Le Rire, passage obligé de la profession, le 26 novembre 1910. Routier a alors 26 ans.


La Grande Saboteuse - Bon Dieu ! Est-ce qu'elle serait aussi de la C.G.T. ?
 Dessin de Routier
 Le Rire, 408, 26 novembre 1910
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France 


     J’avoue beaucoup aimer ce dessin, remarquable par l'économie du trait et le réalisme des attitudes. Il me fait invariablement penser au couple du Petit Cirque de Fred. Mais la justification du dessin de ce couple inquiet de la montée des eaux est dans la légende. Routier, comme il le fera souvent par la suite, y télescope deux séries d'événements : les inondations et les troubles sociaux. Inévitablement, le lecteur se demande qui est réellement la Grande Saboteuse : la Seine ou la centrale syndicale ? 

La crue de la Seine de novembre 1910


     On connaît la crue centennale de janvier 2010 avec un niveau  maximum de 8,62 m enregistré le 28 janvier au pont d'Austerlitz et ses inondations catastrophiques largement relatées par la presse. Mais à la mi-novembre, un fort régime de précipitations laissa craindre le retour d'une puissante crue. On s'inquiéta. Les journaux (voir par exemple Le Journal ou Le Petit Parisien) publiaient chaque jour des communiqués avec des cotes : 5,13 m le 14 novembre au Pont d'Austerlitz ; 5,25 m le 15 ; 5,92 m le 19 et enfin 6,01 m le matin du 20 novembre alors que la prévision était de 6,20 m. Ensuite la décrue fut assez rapide et le sujet disparut des quotidiens dès le 24 novembre. Une crue moyenne, voire majeure, mais pas exceptionnelle ; la Loire fut davantage touchée que la Seine...

Le Petit Journal, supplément illustré, dimanche 27 novembre 1910
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


La C. G. T.


     La loi Waldeck-Rousseau de 1884 autorisait les organisations ouvrières. La Confédération générale du Travail (CGT), créée en 1895, est le premier syndicat interprofessionnel national. D'une histoire complexe, retenons les tensions entre deux lignes politiques : l'orientation révolutionnaire de la direction confédérale, depuis le Congrès de Montpellier (1902), qui se manifeste par des conflits avec le gouvernement ; un courant réformiste qui est décrit comme puissant mais qui mit beaucoup de temps à s'imposer. Entre 1906 et 1909, la CGT avait lancé ou soutenu une série de grèves dures mais qui furent brisées par Clemenceau. Léon Jouhaux, élu secrétaire général en juillet 1909 pour dénouer une crise interne consécutive aux échecs de terrain, était, à ses débuts, hostile à une politique de réformes et partisan de l'action directe, notamment par le biais de mouvements de grève.Ce n'est qu'à partir de 1912 que sa position devint plus pragmatique, son passage au réformisme étant généralement daté de la première guerre mondiale [1]
     La dernière grande offensive fut celle des cheminots (8-19 octobre 1910) conduite par le syndicat national des chemins de fer : la revendication d'un salaire minimum journalier de cinq francs lui donna son nom de "grève de la thune" (appellation populaire de la pièce de cinq francs ou cent sous). Le gouvernement Briand utilisa différents moyens pour la briser : intervention de la troupe, arrestations, révocations, et enfin accusation d'une organisation nationale de sabotage [2].





Le Petit Journal, samedi 15 octobre 1910
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


      Un mot sur ce terme qui fait alors débat au sein des organisations syndicales, à la tribune de l'Assemblée et dont la presse se fait écho. Le sabotage est une tactique de lutte prônée par les syndicalistes révolutionnaires. L'ouvrage de Guillaume Davranche, journaliste et chercheur, "Trop jeunes pour mourir", consacré à l'histoire du mouvement libertaire entre 1909 et 1914 en détaille les conceptions et les pratiques  qui vont de la grève du zèle à la destruction des équipements et au vandalisme [3]. On y apprend que la police a dénombré 3000 actes de sabotage d'octobre 1910 à juin 1911, dont par exemple des coupures de lignes téléphoniques ou télégraphiques pendant la grève du rail. Mais alors que le sabotage ouvrier avait été adopté par la CGT lors de son congrès de Toulouse en 1897, sur la base d'un rapport intitulé "Boycottage et Sabottage" [sic], l'attitude des syndicalistes face à ce mode d'action n'était pas unanime et surtout évolua. Sébastien Albertelli, agrégé d'histoire, détaille les prises de position et écrit : "Paradoxalement, c'est au moment où ses détracteurs associent le plus étroitement le sabotage à la confédération [entendez la CGT] que celle-ci prend ses distances avec cette pratique." [4]








Le Petit Journal, supplément illustré
dimanche 13 novembre 1910
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



















Évocations


     Chacun pourra, au gré de ses préférences, consulter tel ou tel journal parmi les nombreux titres mis en ligne sur Gallica et sans doute y faire des découvertes. Je livre ici quelques-unes de celles que j'y ai faites.

     Le Journal du mercredi 16 novembre 1910 nous offre, en une, un bel exemple de juxtaposition susceptible d'avoir inspiré Routier : "La montée de la Seine donne de nouvelles inquiétudes" et "La défense patronale contre la CGT".



Le Journal, mercredi 16 novembre 1910
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
 
     Le Rire du 12 novembre 1910 a sélectionné, pour sa rubrique "Le rire à l'étranger", un dessin de Thomas Theodor Heine (1867-1948), extrait de Simplicissimus, hebdomadaire satirique allemand "qui nous prédit la royauté comme issue de nos crises sociales". Il est reproduit en noir et blanc avec une légende traduite, mais on peut facilement en admirer la version en couleur sur le merveilleux site consacré à Simplicissimus [5].
 
 Le Rire, 406, 12 novembre 1910
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
 

Légende [traduite de l'allemand] :
Après la grève des chemins de fer
- C'était un simple ralentissement de la circulation, ma chère République, mais il faut vous méfier : la prochaine crise serait mortelle. 
Nach dem Eisenbanherstreik
Dessin de Thomas Theodor Heine
  Simplicissimus, 31 octobre 1910
Bibliothèque de Weimar


      Dans le même numéro du Rire, un dessin peu connu de Gus Bofa évoque aussi la CGT, à travers l'image de Bibendum, "gonflable, gonflé et dégonflable" pour reprendre l'expression de M. Potocki [6].



Dessin de Gus Bofa
 Le Rire, 406, 12 novembre 1910
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

     Ces deux événements - inondations de janvier puis de novembre et grèves de l'automne - ont marqué les esprits. Le Supplément illustré du Petit Journal les retient comme marqueurs de l'année 1910, dans une étonnante allégorie de couverture. L'article "L'explication de nos gravures" justifie leur rapprochement par un point commun, le sabotage : "sabotage des hommes, sabotage de la nature". Mais ce que ne dit pas le texte et que montre l'image, c'est l'opposition entre deux mondes, ouvrier et paysan. Alors que des nuages noirs s'amoncellent au dessus d'un déraillement volontaire, salué par ses auteurs brandissant un drapeau rouge, l'avenir radieux est celui du labeur rural qui sème et récolte ; Marianne repousse de la main l'anarchie de 1910 pour tourner son regard vers le calme et l'ordre qu'elle espère en 1911. 




Le Petit Journal, supplément illustré
dimanche 1 janvier 1911
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
 


Notes


[1] NARRITSENS (André).- "1908-1910 : crise à la CGT". Les Cahiers de l'Institut d'histoire sociale - CGT, 111, septembre 2009, p. 6-11. En ligne : http://www.ihs.cgt.fr/IMG/pdf_DOSSIER_111.pdf   
[2] VINCENT (Pierre), NARRITSENS (André).- "La grève des cheminots d'octobre 2010". Les Cahiers de l'Institut d'histoire sociale - CGT, 115, septembre 2010, p. 6-11. En ligne : http//www.ihs.cgt.fr/IMG/pdf_1726_CIHS_115.pdf
[3] DAVRANCHE (Guillaume).- Trop jeunes pour mourir : ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914). Préface de Miguel Chueca. Montreuil : L'Insomniaque ; Paris : Libertalia, 2014, 543 p. Une 2e édition, 2016, 558 p., comporte une annexe sur le sabotage ouvrier (1909-1913), intégralement disponible en ligne : http://tropjeunespourmourir.com/post/139901535950/le-sabotage-ouvrier-1909-1913
[4]  ALBERTELLI (Sébastien).- Histoire du sabotage. De la CGT à la Résistance. Paris : Perrin, 2016, 492 p. Chap. 1 : Syndicalisme et sabotage.
[5] http://www.simplicissimus.info/uploads/tx_lombkswjournaldb/1/15/15_31_501.jpg. Chaque numéro de la revue (collection de la bibliothèque de Weimar) est numérisé et consultable aisément sur ce site : 
J'invite aussi à se reporter au site de Michel Lagarde (https://magalerieaparis.wordpress.com/category/simplicissimus/) qui comporte une utile notice sur cette revue.   
[6] POTOCKI (Margarethe), "Gonflé, mais pas gonflant !" Bibendum : un personnage publicitaire prend son autonomie, Ridiculosa, 12, 2005 (Caricature et publicité), Brest, EIRIS-UBO, p. 219-234.  En ligne : http://www.caricaturesetcaricature.com/article-10213456.html.
Cet article ne mentionne pas le dessin de Bofa.

 

lundi 28 décembre 2015


Notice biographique (provisoire)



     Le billet du 2 août 2014 intitulé "Famille" esquissait la généalogie de Jean Routier et son milieu familial. La documentation réunie me permet de proposer une suite sous forme d'une notice biographique qui, comme l'indique le titre, doit être considéré comme provisoire.


Formation
        Après des études secondaires au lycée Janson de Sailly (1899-1902), Jean Routier entre à l’École des langues orientales, ce qui lui permet de bénéficier d'une disposition de la loi de 1889 réduisant, pour les jeunes gens issus des grandes écoles, le service militaire à un an (au lieu de trois) : il l'effectue de novembre 1904 à septembre 1905 et en sort Caporal. Il se prépare surtout au très sélectif « concours des places » de l’École Nationale et Spéciale des Beaux-Arts qu'il intègre en 1906 et qu'il semble fréquenter jusqu'en 1909. Les années d'avant-guerre sont peu documentées : quelques lettres à son frère laissent deviner une vie parisienne partagée entre exercices d'atelier et sorties dans le monde. Ses premiers dessins publiés repérés datent de 1910 et 1911, dans le journal Le Rire, ou encore pour le Bal de l'Internat. Il expose au Salon des Humoristes en 1911. Il se marie en février 1911 et devient père d'une petite fille, Alice, en août 1913.

 

L'Automobile aux Armées, 44, 15 mars 1919, p.20
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France 

  La Guerre

        La période de la Grande Guerre est plus riche en documents : archives militaires et production dans la presse. Mobilisé en août 1914, il participe, en tant que sergent au 341e Régiment d'Infanterie, à la défense mobile de Verdun sur le front d’Argonne en août et septembre. A partir d’octobre 1915, il s'éloigne du front pour être affecté au Service Automobile du 13e Régiment d'Artillerie, échappant ainsi à Verdun. Il revient dans la zone des combats comme sous-lieutenant commandant une section sanitaire anglaise d'avril 1917 à août 1918. C'est dans le cadre d'une mission d'évacuation des blessés qu'il est intoxiqué par les gaz (21 avril 1918) mais qu'il refuse de se faire évacuer. Il est cité à l'ordre du régiment pour sa bravoure et son mépris du danger, et une seconde fois à l'ordre du service de santé pour son énergie, son calme et son initiative. Cette longue campagne contre l'Allemagne pendant quatre ans et demi lui vaut la Croix de guerre et la Légion d'Honneur (1931).

     


Cette guerre dont on ne mesure pas encore bien les conséquences sur sa personnalité lui permit aussi d'exercer son art. En effet, Jean Routier participe à la revue bimensuelle créée en février 1917 et rapidement animée par Gaston de Pawlowski, L'Automobile aux Armées, dont il devient le principal illustrateur. C'est sans doute à cette époque qu'il noue des relations avec des dessinateurs – par exemple le cartoonist anglais H. M. Bateman dont il s'inspira parfois – ou des journalistes comme Henri Decoin ou Robert Dieudonné dont il illustra plus tard les ouvrages. C'est dans cette revue qu'il commence aussi à dessiner pour la publicité. Il se forge une réputation de dessinateur d'automobiles.


L'Automobile aux Armées, 14, 30 septembre 1917, p. 47
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France 

 

L'Automobile aux Armées, 39, 31 décembre 1918, p. 77
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France 

L'entre deux-guerres

     D'artiste peintre, tel qu'il était qualifié dans les documents administratifs d'avant guerre, il passe insensiblement au statut de dessinateur de presse et d'illustrateur pour l'édition. Ses collaborations au Journal (1918-1927), aux Annales politiques et littéraires, à Je sais tout restent encore à réunir. Les illustrations pour des éditeurs (Ollendorff, Nelson, Plon, Gründ) donnent de très plaisantes jaquettes. Dans le domaine de la publicité, il marque une prédilection pour l’automobile (Voisin, De Dion Bouton, Hotchkiss) et ses accessoires (carburateur Solex, pneus Dunlop, huile Spidoléine), ou pour l’habillement (La Belle Jardinière, le Printemps).





Les années 30 voient une orientation de son activité vers l’actualité. La couverture hebdomadaire du Cri de Paris, journal satirique, fournit un panorama en images de la vie politique et diplomatique de 1931 à 1939 (plus de 350 couvertures !). Chaque semaine, il dessine aussi pour le cinéma, en fournissant à la société Éclair-Journal des dessins, sans doute plusieurs centaines, qui accompagnaient les titres des sujets traités par les Actualités cinématographiques et constituent aujourd’hui un reflet de la vie quotidienne.


Le Cri de Paris n° 1825 -  dimanche 20 mars1932, p.11
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur) 



1939 marque une nouvelle rupture. A nouveau mobilisé, il est renvoyé dans ses foyers pour limite d’âge en décembre (il a 55 ans). On ne sait pas comment il traverse les années de l'Occupation. Les commandes semblent marquer le pas et ne reprennent guère après la Libération si l’on excepte quelques volumes de la collection verte chez Hachette, et la reprise des Actualités Éclair. Sa santé décline à partir de 1947 et quelques lettres le montrent parfois désabusé et las de la vie. Il meurt le 28 juin 1953 dans sa soixante dixième année et est inhumé au cimetière de Pantin.

 Jean Routier à sa table de dessin - c. 1930-1934
coll. SZR